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« La rue devenant le théâtre d'une réalité toute cinématographique, le photographe déambule dans une histoire sans fin. Il devient dès lors un témoin de son époque et peut exprimer sa vision et sa pensée. J'aborde mes sujets en étant conscient de leurs possibilités illimitées. La rue, le monde, est animée de tentations esthétiques secrètes qui brillent sous l'objectif et qui demandent à être dévoilées. Ces éventualités dictent une approche poétique au-devant du sujet et des lieux qui sont indissociables de mon état d'esprit. Je consacre toute cette liberté à l'aspect narratif des moments décisifs. »

Frédérick Duchesne est un photographe canadien basé à Nice (France).


" As the street becomes the theatre of a purely cinematic reality, the photographer wanders in a never-ending story, a witness to our age, expressing its vision and thought. I approach my subjects with an awareness of their unlimited possibilities. The street, the world, is alive with secret aesthetic temptations that glitter before the lens and beg to be revealed. These possibilities demand a poetic approach to subject and place, which are then inseparable from my mood. I devote all that freedom to the narrative aspects of decisive moments. "

Frédérick Duchesne is Canadian photographer based in Nice (France).

L’œil qui sait

Annie Lafleur

Parce que son travail ne s’inscrit dans aucun courant à la mode, et qu’il se fait témoin d’une époque que nous ne regardons plus, le photographe montréalais Frédérick Duchesne serait peut-être né, contrairement aux idées reçues, exactement au bon moment dans l’histoire de l’art. Il possède le talent et les réflexes du photojournaliste, l’imagination du cinéaste et l’approche des photographes humanistes. Duchesne se fraie un chemin à rebours, explorateur libre et assumé.

Son regard fébrile, intensément présent, promet un récit souvent inusité où tous les genres sont exploités, du thriller psychologique à la comédie romantique, avec autant de finesse qu’il en faut de rudesse. Tel un regard qui aurait les rouages d’un cinémascope. Ainsi, les sujets semblent parfois émerger d’un plan-séquence, adoptant les angles, les plongées et le climax du septième art. A fortiori, Duchesne cherche à nourrir et approfondir cette vision singulière, disqualifiant tous effets de style superficiels. Ici, la magie opère d’elle-même, portée par un questionnement existentiel : À quoi l’homme ressemble-t-il dans ce monde qu’il ne voit plus?

Chabanel. La cité de la mode (Montréal, 2011), une série d’une vingtaine de photographies présentées comme un docufiction désemparée devant la réalité massacrante des lieux, lesquels s’avèrent un no man’s land intégral. Terre-plein désertique, façades et vitrines délabrées, persiennes éclatées, ruelles jonchées d’ordures d’une autre ère, ghetto à ciel ouvert bien avant de personnifier la haute couture ou même le prêt-à-porter : ici, Chabanel rêve tout court, alors que tout s’écroule autour d’elle. Cynisme, humour noir, ironie, aliénation ou romantisme, Duchesne passe de l’une à l’autre des attitudes en une fraction de seconde, moment souvent décisif.

Dans cette optique, il prône une photographie intelligente, sensible et sensuelle, dédiée à un regardeur actif. Si les contrastes sont parfois virulents d’un point de vue anthropologique, ils répondent à des impératifs humains, à une certaine forme de réalisme brutal. Beauté, laideur, froideur, sublime; tous les registres sont frontaux. Du fond de cette lunette d’approche sans complaisance ni concession, le photographe exige des réponses : où sommes-nous et que voyons-nous réellement? Un coin de rue paisible ou un tronçon surveillé par le crime organisé? Un couple à contre-jour prêt à s’embrasser, ou à se quitter? Un homme en complet suivant les pas de la foule, ou un homme en soudaine détresse?

Frédérick Duchesne s’intéresse à la condition humaine, et par conséquent, à toutes les formes de photographies. Fasciné par l’œuvre et la philosophie des photographes de l’Agence Magnum, par l’excentricité d’Helmut Newton ou l’audace naturelle d’Araki... La photo doit pouvoir mordre dans la matière et y laisser une marque permanente et profonde. Qu’elle puisse entrer par un œil et ne jamais plus en ressortir, car elle sera intense, intemporelle, ou elle ne sera rien du tout.

La qualité remarquable de ce travail réside dans cette démarche authentique, à contre- courant et riche, portée par un photographe qui nous assure, à travers son œuvre, que le monde, lui, n’attendra pas.